Mes chers compatriotes,
Comme partout ailleurs, notre économie subit de plein fouet l’impact du COVID-19.
Des secteurs comme le tourisme, l’hôtellerie, la restauration, les transports, le
commerce, la culture, les bâtiments et travaux publics, entre autres, sont durement
affectés. Notre croissance économique soutenue sur plusieurs années est
brutalement freinée et passera de 6,8% à moins de 3%.
Mais ce soir, mes pensées vont particulièrement à toutes celles et à tous ceux qui
souffrent de l’impact de la crise du COVID-19. Je pense aux millions de pères, mères
et soutiens de familles menacés de précarité. Je pense à notre diaspora, si
généreuse envers la Nation et aujourd’hui éprouvée. Je pense aux nombreuses
entreprises et à leurs salariés, tous victimes de cette crise imprévue.
Je veux dire à tous et à toutes que l’Etat ne vous abandonnera pas.
Devant l’urgence, et en attendant une évaluation complète des effets de la crise sur
l’économie nationale, j’ai mis en place un Programme de résilience économique et
sociale, afin de renforcer notre système de santé et soutenir nos ménages, notre
diaspora, nos entreprises et leurs salariés.
Ce programme est décliné en quatre axes.
Premièrement, le soutien au secteur de la santé à hauteur de 64,4 milliards, pour
couvrir toutes les dépenses liées à la riposte contre le COVID-19.
Deuxièmement, le renforcement de la résilience sociale des populations. L’Etat
prendra en charge les dépenses suivantes :

  • 15,5 milliards, pour le paiement des factures d’électricité des ménages abonnés de
    la tranche sociale, pour un bimestre ; soit environ 975 522 ménages ;
  • 3 milliards, pour la prise en charge des factures d’eau de
    670 000 ménages abonnés de la tranche sociale, pour un bimestre ;
  • 69 milliards, au lieu des 50 initialement prévus, pour l’achat de vivres au bénéfice
    d’un million de ménages éligibles ;
  • 12,5 milliards, pour aider la diaspora.
    Troisièmement, l’Etat sauvegardera la stabilité macroéconomique et financière pour
    soutenir le secteur privé et maintenir les emplois à travers un programme d’injection
    de liquidités assorti de mesures fiscales et douanières.
    Ainsi, 302 milliards seront consacrés au paiement dus aux fournisseurs de l’Etat. Les
    règles et priorités de paiement concourant à l’objectif de stabilité économique seront
    publiées et connues de toutes les entreprises. Ces dernières s’engageront à
    maintenir les salaires.
    Une enveloppe de 100 milliards sera spécifiquement dédiée à l’appui direct des
    secteurs de l’économie les plus durement touchés par la crise, notamment les
    transports, l’hôtellerie mais également l’agriculture. De même, en rapport avec le
    secteur financier, l’Etat mettra en place un mécanisme de financement à hauteur de
    200 milliards, accessible aux entreprises affectées, selon une procédure allégée.
    L’Etat procèdera au remboursement des crédits de TVA dans des délais raccourcis
    pour remettre de la trésorerie aux entreprises. Des remises et suspensions d’impôts
    seront accordées aux entreprises qui s’engageront à maintenir leurs travailleurs en
    activité pour la durée de la crise, ou à payer plus de 70% du salaire des employés
    mis en chômage technique pendant cette période.
    Cette facilité de trésorerie concerne les retenues opérées sur les salaires et les
    cotisations sociales que les entreprises du secteur privé versent à la Caisse de
    sécurité sociale et à l’IPRES. Pour la mise en œuvre de cette mesure, l’administration
    fixera, en toute transparence, les règles concernant lesengagements de l’Etat et la
    responsabilité des entreprises.
    Les Petites et Moyennes Entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur ou égal à
    100 millions de francs CFA, et les entreprises évoluant dans les secteurs les plus
    impactés par la pandémie, notamment le tourisme, la restauration, l’hôtellerie, le
    transport, l’éducation, la culture et la presse, bénéficieront d’un différé de paiement
    des impôts et taxes jusqu’au 15 juillet 2020.
    Au titre du soutien à l’investissement, il y aura une prolongation du délai général de
    paiement de la TVA suspendue recouvrée par la douane et les services fiscaux de 12
    à 24 mois ; ce qui représente un report de paiement de 15 milliards sur l’année
  1. QIl sera accordé une remise partielle de la dette fiscale constatée au 31
    décembre 2019, due par les entreprises et les particuliers, pour un montant global de
    200 milliards.
    De même, l’Etat procèdera à la suspension du recouvrement de la dette fiscale et
    douanière des entreprises les plus affectées par le COVID-19. En contrepartie, elles
    devront s’engager à maintenir les salaires de leurs employés ou à payer plus de 70%
    du salaire des employés mis en chômage technique. Les entreprises et personnes
    physiques qui soutiennent le FORCE COVID-19 sous forme de dons versés au compte
    ouvert au Trésor public, pourront déduire ces dons de leur futur résultat fiscal.
    J’ai également ordonné une réorganisation du budget par des coupes sur les
    dépenses de fonctionnement et d’investissements reportés ; ce qui correspond à une
    économie de 159 milliards de francs CFA. En outre, le gouvernement sécurisera 178
    milliards pour couvrir partiellement des pertes de recettes budgétaires induites par la
    crise.
    Quatrièmement enfin, le Programme de résilience économique et sociale permettra
    d’assurer l’approvisionnement régulier du pays en hydrocarbures, produits médicaux,
    pharmaceutiques, et denrées de première nécessité.
    Le gouvernement veillera particulièrement à lutter contre toute pénurie artificielle et
    hausse indue des prix. L’ensemble des dépenses liées à la mise en œuvre du
    Programme de résilience économique et sociale seront couvertes par le Fonds de
    Riposte contre les Effets du COVID-19, FORCE-COVID-19, doté de mille milliards de
    FCFA, financé par l’Etat et des donations volontaires.
    Au nom de la Nation, je remercie celles et ceux qui ont déjà contribué au FORCE-
    COVID-19 : secteur privé, personnes physiques et partenaires au développement.
    J’invite toutes les bonnes volontés à se joindre à cet élan de solidarité nationale.
    Afin d’assurer les meilleures conditions d’inclusion et de transparence, le FORCE-
    COVID-19 sera supervisé par un Comité de pilotage qui comprendra des
    représentants de l’Etat, de l’Assemblée nationale, toutes sensibilités confondues, et
    de la société civile. Au demeurant, cette crise doit aussi nous faire réfléchir
    davantage sur nos limites et nos vulnérabilités.
    Nous avons fait de grands progrès dans la production agricole pour assurer notre
    souveraineté alimentaire. Mais nous devons encore produire plus, et mieux
    consommer sénégalais pour être moins dépendants des marchés extérieurs. Je tiens
    particulièrement à la mise en œuvre accélérée du Programme d’autosuffisance en
    riz.