Venue présider la cérémonie de lancement de l’université citoyenne populaire panafricaine Samir Amin initiée par le Forum Social Sénégalais, la présidente du Conseil Economique Social et environnemental (CESE), mme Aminata Touré a finalement donné un cours magistral à la stature d’un professeur d’université pour ne pas pas dire celle du parrain.

Invitée à exposer sur le thème « Civisme et Citoyenneté dans un contexte de changements climatiques et de crise sécuritaire : quel rôle joue la jeunesse », la présidente du CESE a captivé son auditoire par la profondeur de son message riche en informations, en arguments, en chiffres et données dignes d’un cours de travaux dirigés.

Pourtant elle a commencé par rendre un vibrant hommage au parrain Samir Amin, cet Egyptien qui a consacré presque toute son oeuvre intellectuelle au Sénégal. D’ailleurs c’est pour cela que le coordonnateur du FSS, Mignane Diouf a noté que le fait de lui donner le nom de cette université, est une réponse à Alexandrie qui a élevé Senghor en lui donnant le nom de son université.

Et suivant les témoignages de son mentor Landing Savané qui est revenu sur des anecdotes croustillantes des moments passés avec Samir Amin, ou les exposés du Pr Kassé, d’Ousmane Sene du WARC, du Général Mansour Seck, entre autres acteurs, la présidente du CESE n’a pas tari d’éloges sur l’homme.

« Samir Amin, ce tiers mondiste mérite bien que son nom soit gravé dans les lieux publics du Sénégal »

« Je voudrais saluer cette initiative de faire porter à cet espace d’éducation à la citoyenneté le nom d’un illustre fils d’Afrique, un panafricaniste, un intellectuel multidimensionnel, le Pr Samir Amin qui a donné l’essentiel de sa vie au Sénégal. C’était un éducateur qui a marqué les universités. Ce tiers mondiste, militants des mouvements sociaux mérite bien que son nom soit bien gravé dans des lieux publics au Sénégal pour tout le travail qu’il a eu à y accomplir. Il a été à l’initiative de beaucoup d’institutions ou de centres de recherches comme l’IDEP, le Codesria, etc. Ses publications continuent d’inspirer l’intelligentsia africaine confrontée à des défis complexes dans un contexte historique chargé de doutes, d’interrogations sur la place de l’Afrique dans la globalisation, mais également vis à vis des changements climatiques dont nous sommes les premières victimes pour ne pas dire les plus affectés » a d’entrée exposé Mimi Touré.

Crise sécuritaire

« Des interrogations pèsent sur nos consciences avec la crise accélérée de la citoyenneté dont le vecteur reste les crises multiformes qui ont secoué notre continent. Aujourd’hui, l’Afrique est dans une phase de renaissance. Elle a besoin de formaliser ce genre d’espace populaire dans un contexte de changements climatiques et de progression de l’insécurité. Selon le rapport 2015 du cabinet britannique d’analyse des risques, Michael Croft, 7 des dix pays les plus touchés par ce phénomène sont en Afrique » a renseigné la présidente du CESE.

Changements climatiques et vulnérabilités

La question environnementale étant centrale dans son département, la présidente du CESE en a parlé tel un expert. « En tant que pays sahélien avec un littoral de 700 km menacé par la montée des eaux, le Sénégal n’échappe pas à cette situation de vulnérabilité des changements climatiques qui touchent également le secteur agricole. Selon l’étude sur l’évolution des tendances climatiques au Sénégal à l’horizon 2035, menée par le comité national sur les changements climatiques, une température d’une variation moyenne de +1,1 à +1,8 degré est prévue; il y a également une diminution des précipitations avec des risques de difficultés d’accès à l’eau, des épisodes extrêmes qui peuvent varier entre -30% et +30%; et une augmentation du niveau de la mer et la température des eaux de 0,04 à 0,5 degré par an. Ce qui est trés important à l’échelle mondiale. la situation de la vulnérabilité climatique se manifeste par des épisodes de sécheresse. des vaques de chaleur prolongée, l’avancée de la mer, une érosion côtière, une dégradation et une salinisation des sols qui entrainent une perte de terres arables. des pertes en paturage avec des impacts immédiats sur la santé et le bien être social des populations et de la performance des activités et productions agro pastorales » a soutenu Mimi Touré.

Croissance démographique et emploi des jeunes Mimi propose une union des forces entre femmes et jeunes

« L’Afrique est dynamique par sa jeunesse et ses femmes qui, ensemble représentent 80% de la population. Il va de soi que tout changement durable devait peut être être réfléchi en ayant en perspectives une alliance stratégique forte entre les femmes et les jeunes » a suggéré la présidente du CESE. En notant qu’à l’horizon 2050 la population africaine doublera en passant de 1 milliard à 2,4 milliards, elle souligne que les jeunes de moins de 25 ans seront de 50% et ceux de moins de 35 ans seront à 70%. Selon la Banque mondiale, souligne-t-elle, les jeunes représentent 60%. par ailleurs il est établi que 94,9% des personnes agées entre 15 et 24 en Afrique travaillent dans le secteur informel. Ce chiffre atteint 97% en Afrique de l’Ouest. Vue son ampleur, la présidente du CESE estime que c’est la régle de l’économie africaine et les chercheurs devraient s’y pencher afin de révolutionner la perspective de cette économie et trouver les instruments pour traiter de cette discipline qui devient fondamentale.

Ayant réalisé une série de programmes de renforcements de capacités des jeunes, le Forum Social Sénégal a profité de cette occasion pour exposer son bilan devant ses partenaires qui l’ont accompagné dans la réalisation. Le président des jeunes du FSS a ainsi souligné que prés de 500 jeunes filles et garçons ont bénéficié de ce sessions de formation d’avril 2016 à Décembre 2019. Il a été rappelé que ces travaux ont été ouverts par le Pr Samir Amin.