En prélude de la tenue de la réunion de l’Union africaine de cette semaine (9-10 février), plus de 25 organisations, réseaux et groupes de résistance communautaire d’Afrique et du monde entier ont appelé les gouvernements africains à empêcher la prolifération du charbon, du pétrole et du gaz en sur le continent et à garantir les efforts pour lutter contre les combustibles fossiles correspondant à ceux qui ont contribué à réduire le danger des armes nucléaires. Ils l’ont exprimé dans un communiqué dont copie nous a été parvenue.

Le communiqué signé par le groupe a critiqué la prolifération délibérée du charbon, du pétrole et du gaz en Afrique, contrairement aux preuves scientifiques et a mis en évidence la contradiction entre l’expansion prévue des combustibles fossiles et les objectifs climatiques convenus à l’échelle mondiale. Ils ont également condamné la façon dont certains gouvernements africains évitaient l’examen des groupes de la société civile et visaient même violemment des militants écologistes et des défenseurs des droits de l’homme à certains endroits.

Parmi ces acteurs figurent les représentants des différents groupes d’ONG qui ont participé à un sommet des leaders africains de l’énergie sur le changement climatique, l’énergie et le financement de l’énergie à Addis-Abeba la semaine dernière. Il s’agit de MELCA-Éthiopie, Oil Change Africa, Health of Mother Earth Foundation, Oxfam, Friends of the Earth, le Campagne deCOALonize et Power Shift Africa.

« La montée des combustibles fossiles en tant que menace majeure pour le bien-être et la sécurité de l’homme a été reflétée dans le rapport sur les risques mondiaux 2020 du mois dernier du Forum économique mondial qui, pour la première fois, a vu les dangers environnementaux occuper les cinq premières places de la liste. Les armes de destruction massive occupaient une place importante, mais sont désormais classées comme beaucoup moins probables grâce en partie aux traités de non-prolifération nucléaire. Désormais, la crise climatique provoquée par les combustibles fossiles, qui affecte de manière disproportionnée les Africains, est répertoriée comme la principale menace mondiale » ont signalé les organisations.

C’est ainsi que le groupe a spécifiquement appelé les dirigeants africains à: « mettre un terme au développement des combustibles fossiles; gérer le déclin de la production actuelle de pétrole, de gaz et de charbon; et d’amorcer rapidement une transition vers des sources d’énergie renouvelables propres et sûres qui soutiennent pleinement l’accès à l’énergie pour ceux qui en manquent actuellement ». Mieux encore, ils leur demandent également de condamner publiquement et rejeter les doubles standards avancés par les sociétés de combustibles fossiles et leurs intérêts alliés , qui se traduisent par un traitement discriminatoire de l’Afrique et de ses peuples

Pour Mohamed Adow, directeur du groupe de réflexion sur le climat et l’énergie Power Shift Africa, l’industrie des combustibles fossiles représente une menace existentielle pour l’Afrique et le monde. Il est d’avis que pour avoir une chance d’atteindre l’objectif de l’Accord de Paris de limiter le réchauffement à moins de 1,5 ° C, international une coopération est nécessaire pour empêcher la prolifération du charbon, du pétrole et du gaz, à l’échelle et à la vitesse nécessaires pour stabiliser le climat de la terre.

« Les pays africains qui investissent dans les combustibles fossiles risquent de créer des actifs bloqués et une transition non gérée et désordonnée des combustibles fossiles. Nous avons le choix entre le développement intentionnel de nouvelles façons de répondre à nos besoins énergétiques sans augmenter nos émissions, et tout simplement perdre la fenêtre d’opportunité pour assurer un climat sûr et un avenir durable.Pour cela, la société civile africaine appelle les États et les institutions africains à initier un traité de non-prolifération des combustibles fossiles afin de faire avancer les intérêts de notre continent et de son peuple » a suggéré Mohamed Adow de Power Shift Africa.

De son côté, le coordinateur de la campagne deCOALonize, Omar Elmawi a estimé que l’abondance d’énergie renouvelable comme le vent, le solaire et la géothermie permet à l’Afrique de dépasser les combustibles fossiles sales comme le charbon sur lesquels les pays occidentaux devaient s’appuyer pour leur développement. « Le charbon et les autres combustibles fossiles ont perdu la guerre au profit des énergies renouvelables sur les plans environnemental et économique. C’est la raison pour laquelle les pays développés, dont la Chine, ferment maintenant leurs centrales au charbon au profit de l’énergie propre. Et l’Afrique devrait puiser dans ses vastes ressources énergétiques renouvelables qui peuvent alimenter le continent sans nuire à ses habitants ou à l’environnement » a plaidé Omar Emawi.

Chercheur et responsable de la politique énergétique d’Earthlife Africa, Nthabiseng Matsoha a soutenu que le continent africain a longtemps été pillée et exploité pour ses ressources, avec peu d’avantages pour sa population. « Alors que le monde embrasse la transition énergétique des combustibles fossiles vers des solutions à faible teneur en carbone, là est le potentiel susceptible de perturber la dynamique actuelle du pouvoir. Il est grand temps que le potentiel du continent en matière d’énergie renouvelable profite aux citoyens ordinaires. Ceci est particulièrement important à mesure que nous nous dirigions vers une transition juste, vers un monde décarboné. Des modèles de propriété communautaire doivent être explorés, pour non seulement en bénéficier mais aussi les renforcer » a suggéré le chercheur.

Mme Diana Nabiruma de l’Institut africain pour la gouvernance de l’énergie en Ouganda (AFIEGO), fait une grave révélation en signalant que certains pays tuent, intimident et promulguent des lois et des restrictions répressives qui empêchent les militants écologistes de faire leur travail. « C’est dangereux car la fermeture des militants écologistes met en danger la conservation de l’environnement, l’atténuation du changement climatique et les moyens de subsistance des communautés » a-t-elle dénoncé.

Pour Francesca de Gasparis, directrice exécutive de l’Institut pour l’environnement des communautés confessionnelles d’Afrique australe, SAFCEI, en tant que continent, les opportunités pour l’Afrique de créer une énergie centrée sur la communauté, accessible, abordable et propre sont immenses. Elle note, pour le déplorer que les dirigeants Africains s’engagent dans des projets de combustibles fossiles et d’énergie nucléaire coûteux et dévastateurs pour l’environnement, qui apportent peu d’avantages à leur population et les maintiennent de vastes inégalités. « Nous appelons l’Union africaine à adopter une position visionnaire et à utiliser son poids et son influence collectifs au profit de tous et à faire face à la crise climatique dans un rejet décisif de l’extraction de combustibles fossiles » a invité Francesca de Gasparis.

Quant à Alvin Munyasia, d’Oxfam International, il est plus péremptoire sur la solution à mettre en vigueur immédiatement. Il estime fortement que toute exploitation de charbon doit cesser immédiatement et tous les autres combustibles fossiles éliminés à l’horizon 2050, avec les pays développés au premier rang pour limiter le réchauffement mondial à 1,5 degré. « Tout gaz naturel ou autre combustible fossile doit nécessiter des mesures de diligence environnementale et sociale rigoureuses s’il présente des avantages évidents pour les pauvres, tels que le financement de services essentiels ou la fourniture d’un accès à l’énergie propre » a-t-il proposé. Plus souple dans les propositions, il indique que ces combustibles fossiles ne devraient être utilisés qu’à court terme, s’il n’y a pas d’alternatives propres viables, et doivent faire partie d’éventuelles éliminations de l’énergie à faible émission de carbone. « Aucune nouvelle centrale électrique au charbon ne devrait être construite nulle part, et la dernière centrale existante doit être fermée dans les pays riches au plus tard en 2030 et dans tous les pays d’ici 2040 » a-t-il conclu.