Une minute pour me noyer

Limiter exclusivement les événements de Saint Louis à une revendication de licences de pêche, c’est un aveu d’ignorance d’une triste réalité née des lombes d’une injustice installant un mal-vivre qui aura duré plus que la moyenâgeuse période médiévale.


Poisson! Oui! Mais aussi du pain. Et du pain! Les pêcheurs de Guet Ndar n’ont fait que répéter une triste histoire. L’histoire des ouvriers de “Germinal” .
Ces pêcheurs comme ceux de Lompoul, de Fass Boye, de Kayar, de Soumbédioune, de Thiaroye, de Rufisque, de Mbour, des Îles du Saloum, de Cap Kring et autres sont tous victimes de furie, de vols, de destructions de matériels de la part de gros bateaux de pêches européens à qui l’Etat accorde, tacitement, des licences de pêche qui leur permettent d’exercer un abus. Un abus qui “noie et tue le poisson” que le sénégalais voit de moins en moins sur le marché et dans son “bolou agne”. Et le malheur s’installe jusque dans les foyers des revendeuses et écailleuses des marchés des grandes villes.


Le mal est profond. Plus profond que “ténou khandjou”. Le matériel de pêche( filets, moteurs, pirogues..) coûte suffisamment cher. L’insécurité en mer gagne du terrain avec des lots de disparus et de morts assez fournis. Le coût de l’essence (que l’on ne voit pas toujours et partout) est trop élevé. Des décisions impopulaires sont très souvent sources de querelles et violences dont les premières victimes sont les innocentes familles des pêcheurs.


À tout cela, il faut ajouter que ces pêcheurs sont des artisans, des ouvriers, des entrepreneurs, des chefs d’entreprises victimes de la cherté des produits de premières nécessités, d’une conjoncture qui hypothèque l’avenir de leurs espoirs. Et comme tout sénégalais tirant une queue d’un diable qu’il ne verra point.