Pour la campagne agricole 2019-2020, la SONACOS s’est fixée l’objectif d’acheter 150 000 tonnes d’arachide, contre un objectif de 85 000 tonnes pour la campagne précédente. Toutefois, après près de deux mois d’exercice, le bilan reste très en-deçà des objectifs affichés.

À la date du 16 janvier 2020, la SONACOS a collecté moins de 32 000 tonnes d’arachide, soit moins de 22% de l’objectif fixé, à moins de sept semaines du terme de la collecte. Au regard de ce bilan mitigé à mi-parcours, il est difficile d’imaginer la SONACOS parvenir à atteindre l’objectif qu’elle s’est fixée.

L’échec anticipable de cette campagne arachidière2019 s’explique par les deux raisons principales suivantes :

  1. L’homologation d’un prix de vente inférieur à celui du marché 

Le Président Macky Sall, sous la couverture du Comité national interprofessionnel de l’arachide (CENIA), a décidé, à l’issu du Conseil interministériel du 24 octobre passé, de fixer le prix du kilogramme d’arachide à celui de l’année dernière, soit 210 FCFA, sans tenir compte de l’évolution de l’indice des prix à la consommation qui, dans la même période, a augmenté de plus de 6%.

Cette décision unilatérale a été décriée par le monde paysan dès le lendemain de l’annonce. La justification se trouve dans le fait que le marché local de la consommation connaît une hausse des prix généralisée, depuis que la SENELEC a officialisé l’augmentation  du prix de l’électricité. Cette décision affecte le monde agricole, plus particulièrement la zone du bassin arachidier, qui tire l’essentiel de ses revenus agricoles de l’arachide.

La situation a également ouvert la voie à la Chine dont les opérateurs ont fixé un prix d’achat supérieur à celui proposé aux agriculteurs locaux. Cette situation compromet l’objectif de production de la SONACOS, mais elle profite aux producteurs locaux qui trouvent l’opportunité de vendre à l’étranger à un meilleur prix.

  • Le déficit d’unités de transformation modernes sur le marché local

En termes de consommation par habitant, le Sénégal est le premier consommateur d’huile raffinée dans la zone UEMOA. En 2019, la demande locale a été estimée à 200 000 tonnes d’huile raffinée, ce qui représente un revenu d’environ 200 milliards de FCFA. Malgré cette position de premier producteur d’arachide dans la région, le pays doit importer plus de 90% de sa consommation d’huile, ce qui équivaut à un transfert de capitaux de plus de 180 milliards de FCFA.

Sur le marché, il subsiste un déséquilibre de l’offre de graines d’arachide provenant des agriculteurs locaux, ce qui réduit la capacité de transformation de la SONACOS. Celle-ci peine également transformer sa matière première dans un délai raisonnable, pour éviter la détérioration du produit. Un facteur important de ce déséquilibre se trouve dans le prix fixé par la SONACOS et rejeté par la plupart des agriculteurs, notamment ceux qui ont les moyens de stocker leur production ou de trouver d’autres acheteurs tels que les chinois. Ces derniers constituent la cible préférentielle des vendeurs locaux du fait qu’ils proposent des prix allant de 250 à 300 FCFA suivant les zones, créant une quasi-éviction de la SONACOS dans le marché de l’arachide. Cette réalité amène d’ailleurs l’entreprise à vouloir rationnaliser son effectif par le licenciement de 1050 agents. En somme, c’est toute cette situation de marché qui illustre l’échec de nos pouvoirs publics dans la planification structurelle du secteur agricole, à la fois aux niveaux primaire et secondaire.

La situation actuelle du monde agricole, plus particulièrement pour les producteurs d’arachides, est très préoccupante, au point que Macky Sall ne se gêne plus de solliciter le secours des États chinois et turcs. Il se trouve actuellement face à la crainte de ne pas pouvoir respecter ses engagements auprès des paysans, notamment l’achat de leur production en arachide. Cela témoigne de l’incapacité de nos autorités à procéder à une planification structurelle, mais aussi du manque de considération à l’endroit des paysans qui constituent, pourtant, la force nourricière de ce pays. Fds demande au gouvernement d’écouter la souffrance du monde rural et des travailleurs. La fermeture de la SONACOS coïncidera avec l’arrêt de la dépense quotidienne pour des milliers de familles.