En prélude de l’arrivée du premier ministre français, Edouard Phillippe, à Dakar, l’Ong Horizon Sans Frontières a alerté sur les véritables motivations de la France en ce qui concerne cet événement du forum international sur la paix. Autour du thème « Paix et Sécurité en Afrique : les défis actuels du multipartisme », cet événement sera aussi le moment choisi pour initier un conseil des ministres bilatéral d’où la forte délégation d’officiels, de militaires et de capitaines d’industrie qui viendront renforcer la présence française.

« Cette visite est pour nous l’occasion d’exprimer une préoccupation fondamentale née de la politique européocentriste voire « francocentriste » de l’ancienne métropole coloniale, la France qui cherche encore par tous les moyens à avoir une certaine suprématie sur le continent. Ce forum est un subterfuge »a alerté Boubacar Seye, président de l’Ong HSF.

Chercheur en migration, Boubacar Seye estime que depuis le Brexit, la France tente de contrôler toutes les richesses du continent dans sa démarche expansionniste. « Elle cherche à dévier toute l’aide européenne voire internationale vers ses intérêts géopolitiques en Afrique. La lutte contre le terrorisme, l’aide au développement sont un instrument de politique internationale comme ce fut le cas du plan Marchal dans la lutte contre le communisme » a analysé Boubacar Seye.

 A en croire le président de HSF, au lieu de cibler la croissance économique domestique, elle cherche à créer une richesse en dehors de ses frontières avec comme cible les ressources naturelles du continent africain.En guise d’explication, Boubacar Seye s’interroge encore sur la motivation autre qui pourrait mettre en avant la France pour un sommet dont le premier partenaire devrait être l’ONU.

Halte à l’Eurocentrisme

Invitant à une cessation de la domination, HSF propose au continent d’oeuvre à une nouvelle prise de conscience pour une remise en cause de cette idéologie faisant de l’occident la seule norme de jugement et dénoncée depuis les années 1950. C’est ainsi que Boubacar Seye a invité tous les intellectuels pour une riposte à la dimension de l’affront que ne cessent de faire subir les occidentaux au continent depuis des siècles.

Le Sénégal, porte d’entrée des influences

Pour HSF, ce forum est un retour à la cas départ. et « le Sénégal ne serait pas à son premier test, la dévaluation du franc CFA en 1994 et ses péripéties ont été bien négociées à Dakar ». Non sans manquer d’applaudir le chef de l’Eta du Bénin, Patrice Talon qui a annoncé le retrait des réserves de son pays du Trésor français. « C’est officiel le Bénin a déjà entrepris la révision de son lien ombilical avec l’ancien colonisateur ! « s’est exclamé HSF

Boubacar Seye et HSF sont convaincus que pour les autres Etats africains, les regards sont fixés sur le sommet de Dakar. « Pour eux tous, ce sera un quitte ou double ! Ça passe ou ça casse comme la roulette russe ! La balle est dans le camp des autorités sénégalaises et la responsabilité est historique » a souligné HSF.

Reconsidérer le triptyque migration, paix et sécurité

Au chapitre des migrations internationales, Boubacar Seye est d’avis que les autorités africaines notamment francophones de ce forum devraient focaliser le débat sur les perspectives de recul de la nouvelle politique de la France sur l’immigration et le droit d’asile, sur son influence négative, sélective et isolée des conventions internationales, les amalgames pour retarder l’intégration massive des migrants dans la société moins sécularisée, etc.,  

Mieux, il croit qu’on ne peut pas parler de paix et de sécurité sans évoquer le cas de ces milliers de jeunes africains qui meurent aux portes de l’Europe. « La migration pose des enjeux géopolitiques et dévoile des aspects aux conséquences incalculables dans nos sociétés en situation de vulnérabilité chronique. Elle pose des problématiques de paix, de sécurité, d’intégrité et de dignité humaine » a éclairé HSF.

Avant de s’étonner que les dirigeants africains se rencontrent à Dakar pour discuter des défis qui posent les problématiques de la démocratie et de bonne gouvernance sans évoquer les enjeux sécuritaires liés à la mobilité de cette jeunesse africaine en quête d’un avenir digne.

Pour eux, cette rencontre risque d’allonger la liste des rendez vous de ce genre, c’est à dire inefficace car ne se remettant pas en question et se proposer une relecture des perspectives dans la gestion du triptyque (immigration-Paix-Sécurité) mis en exergue par horizon sans frontières (lien de concorde entre les peuples) pour un développement humain durable.

« Cette nouvelle stratégie prend en compte les évolutions récentes de l’environnement et le contexte géopolitique mondial mettant en lumière les dangers multiformes qui menacent à la fois les États, les Nations et les peuples » a expliqué Boubacar Seye.